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Le corps peint
Livre
Adulte
En dépit de l'absence de vestiges (les plus anciens tatouages conservés de corps momifiés datent de 3000 ans avant J. -C.), plusieurs indices semblent accréditer l'idée que l'homme a pris son propre corps pour premier support de la peinture. Malgré la richesse et l'extraordinaire variété des décorations corporelles dans toutes les sociétés dites "primitives" , il est possible de déterminer certaines fonctions générales nettement distinctes ? : Les peintures corporelles, qui ont un caractère éphémère, et qui sont associées à des fêtes, des cérémonies, des pratiques magiques. Elles nous font pénétrer dans le domaine du sacré, c'est-à-dire de la transgression rituelle des tabous. Aussi manifestent-elles des dispositions psychiques qui, dans la culture occidentale, sont réprimées ou affectées d'un caractère psychotique. Les marques les plus durables, par tatouage ou scarification, qui équivalent à une inscription sur le corps de l'ordre culturel de la communauté et de la situation sociale des individus. Avec l'invention de l'écriture et la constitution des Etats, l'inscription est transférée du corps des individus à une peau plus anonyme ? : le parchemin. Le corps, pour être désormais intact, n'en est pas moins l'objet de retouches visant à l'assujettir à sa propre image : cosmétique, maquillage et opérations esthétiques de toute nature. La séduction joue sur la limite entre l'occultation et l'aveu de ces artifices. Cependant, la marque corporelle est délibérément assumée dans certains domaines marginaux ? : le tatouage des forçats, des aventuriers, des prostituées, le maquillage des acteurs et des clowns, le grimage des enfants, etc. L'évolution de la. peinture moderne peut être interprétée comme la réactivation anti-illusionniste de l'épiderme de la toile. De fait, au terme de cette évolution, le corps est à nouveau assumé dans sa fonction de support originel de la peinture, notamment dans les mouvements du Body Art et du Transvestisme.
L'Atelier Contemporain 2023
French
16 cm x 11 cm
1 vol. (192 p.)
978-2-85035-096-2
9782850350962
Peinture corporelle --
Histoire
Le tatouage est à la mode, alors qu'il est aussi vieux que l'humanité. L'homme, ce « singe nu », a d'emblée suppléé à sa foetalité définitive par des interventions autoplastiques. L'écriture tégumentaire des sociétés nomades, la flétrissure des criminels, le marquage des esclaves, le défi cutané des marins et des mauvais garçons, le look corporel des marginaux, signes d'intégration ou d'exclusion, sont reconduits aujourd'hui et plus que jamais comme la simulation d'une sauvagerie ou d'une sacralité perdue. Quel que soit son support, l'image conserve la charge fantasmatique de son incarnation originelle. Il n'est de corps que peint, et il n'est de peinture que corporelle : telle est la thèse développée dans cet ouvrage.
Michel Thévoz a été conservateur de la Collection de l'Art Brut depuis sa fondation. Il a publié une trentaine d'ouvrages qui ont contribué au renouvellement de l'histoire de l'art, à travers ses thèmes de prédilection que sont l'art des fous, le suicide, le spiritisme, l'infamie, le reflet des miroirs, la pathologie du cadre.